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Everest/Lhotse 1956
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Expédition 1952

Expédition 1956

Expédition bénéficiant du soutien de la FSRA
Expédition suisse Everest Lhotse en 1956

Extrait de: Fondation Suisse pour Recherches Alpines de 1939 à 1970. Publié en 1972 à Zurich


Participants: Albert Eggler, directeur de l’expédition; Wolfgang Diehl, remplaçant; Hans Grimm; Hansrudolf von Gunten; Fritz Luchsinger; Jürg Marmet; Ernst Reiss; Dölf Reist; Ernst Schmied; Eduard Leuthold, médecin de l’expédition; Fritz Müller, géographe et glaciologue.

Résultats: seconde ascension du Mont Everest (8850m), ascension initiale du Lhotse (8501 m). Observations glaciologiques et météorologiques dans la région glaciaire du Khumbu.

 

Après le retour de la seconde expédition sur l’Everest en 1952, la fondation demanda l’autorisation en vue d’une troisième expédition et Othmar Gurtner s’occupa de la planification. En septembre 1953 (suite à l’ascension initiale de l’Everest!), le gouvernement népalais donna finalement son accord pour des recherches sur le massif de l’Everest durant une année entière en 1954. Peu après, l’expédition «Daily Mail» avait apparemment obtenu l’autorisation pour la reconnaissance de la région glaciaire du Khumbu et était allée à la découverte du légendaire «Yeti». Comme la fondation venait d’opter pour la même région, on décida d’annuler l’expédition de 1954. En 1955, les Dyhrenfurth père et fils déposèrent leur candidature pour une ascension du Lhotse. Puisque cette expédition concurrençait visiblement les plans de la fondation, celle-ci renonça une seconde fois au plan de 1955. L’expédition Dyhrenfurth au Lhotse s’avoua vaincue à une altitude d’env. 8100 mètres. Néanmoins les alpinistes furent, malgré tout, en mesure de fournir la documentation nécessaire à la production de la carte de l’Everest, carte produite par Erwin Schneider.

 

En 1956, la fondation s’attaqua enfin à un nouveau projet tout en modifiant le plan élaboré en 1954. L’objectif primordial visait une reconnaissance scientifique. Au lieu de cela, une expédition d’alpinisme composée d’une équipe de très bons escaladeurs fut mise sur pied. Une seconde ascension de l’Everest commença ainsi qu’une ascension initiale du Lhotse. La science pour sa part se retrouva reléguée au second plan.

 

En décembre 1955, la fondation lança une souscription à l’échelle nationale.

 

L’expédition disposait d’un budget de 295 000 francs suisses (les frais effectifs se montant à 360 000 francs suisses). La somme requise fut réunie grâce à des donations généreuses provenant de nombreuses entreprises industrielles qui livrèrent entre autres beaucoup de produits de la terre. L’expédition fut officiellement baptisée Expédition Suisse du Mont Everest en 1956.

 

Albert Eggler (43), capitaine de l’équipe alpine et vétéran de l’AAC Berne, fut nommé directeur de l’expédition. Il connaissait déjà personnellement les membres de l’équipe. Ernst Reiss (36), de Brienz, mécanicien dans le domaine des transports aériens, avait auparavant exploré la croupe sud de l’Everest en 1952; Jürg Marmet (29), Zurich, né à Spiez, était guide de montagne diplômé et chimiste spécialisé en oxygène. Au printemps 1955 déjà, le trio formait le noyau de la future expédition. La fondation procéda au recrutement des derniers membres de l’équipe en adressant une demande aux 20 alpinistes les plus renommés de la Suisse alémanique. Une fois la sélection minutieuse des dossiers d’inscription effectuée, on opta pour les participants suivants: Dölf Reist (35), Interlaken, mécanicien dans le domaine aérien et photographe (membre de la cordée de Reiss); Fritz Luchsinger (35), officier instructeur à Thun, également un des camarades de Reiss et Reist: ils formaient la formidable cordée de „l’Oberland bernois“; Wolfgang Diehl (48), AAC Berne, juriste, spécialiste du Groenland, alpiniste très expérimenté et senior, représentant en chef de l’expédition; Hansruedi von Gunten (28), également membre de l’AAC Berne, chimiste ainsi que son beau-frère Ernst Schmied (32), tous deux «apprentis» de Diehl. Le trio formait également une cordée passionnante; Hans Grimm (44), médecin dentiste, Wädenswil, un alpiniste ayant également fait ses preuves; Fritz Müller (30), Zurich, géographe et glaciologue, Eduard Leuthold (28), scientifique indépendant, Zurich, médecin de l’expédition, recruté à la dernière minute, eut l’occasion de faire ses preuves. L’équipe, de constitution homogène, effectua un cours alpin militaire en été 1955, puis un cours sur les avalanches et sur la disposition des explosifs en janvier 1956. Le groupe se prépara minutieusement à toutes sortes d’éventualités liées à leur future mission. Eggler, le stratège, travailla à l’élaboration d’un plan très précis. Le grand jour pour la conquête de l’Everest était prévu entre le 20 mai et le 10 juin. D’un point de vue météorologique, la dernière semaine de mai offrait des conditions climatiques favorables pour une escalade des géants népalais de la rangée des 8000 mètres. C’est en fonction de ces points de repère à l’échelle climatique que l’on constitua, à rebours, le programme définitif avec l’horaire de l’itinéraire, chargements et nombre de porteurs nécessaires. Marmet conseilla plutôt l’utilisation de la bouteille d’oxygène française pour sa légèreté (modèle léger de Makahn), à circulation ouverte, pourvue d’un masque amélioré et simplifié par Marmet. On emporta 22 appareils ayant fait leur preuve. L’équipement complet avait un poids d’environ 6,6 kilogrammes tandis que les appareils utilisés au cours de l’expédition en 1952 ne pesaient que 14,2 kilogrammes.

 

La première équipe de six membres embarqua dans le port de Gênes à destination de Bombay où elle se trouva bloquée par les postes de contrôle douaniers durant une semaine. La suite de l’itinéraire en direction de Patua put être effectuée en train. Eggler et Müller embarquèrent directement à bord de l’avion en direction de Delhi afin de se procurer les visas nécessaires pour le Népal. Ils se rendirent par la suite à Katmandou dans le but d’obtenir un visa spécial pour la région du Lhotse, le Népal ne délivrant des autorisations que pour une seule et unique ascension. Ces formalités furent heureusement réglées sans difficulté majeure. On engagea Prachand Nan Singh Pradhan, bon officier de liaison et étudiant. Le 2 mars, toute l’équipe se rassembla dans la zone frontalière du Jaynagar, à l’exception de Grimm et Marmet qui allaient suivre un peu plus tard, chargés des réserves d’oxygène. Le Lama de Sirdar Pasang Dawa avait rejoint l’équipe à cet endroit précis, accompagné de 22 sherpas en provenance de Darjeeling. Le groupe prit la fameuse route en direction de Chisapani sur les charrues à boeufs et poursuivit le voyage accompagné de 350 porteurs et porteuses. Il passa par Thare-Jubing et arriva à Namche Bazar le 21 mars. L’équipe installa son campement dans la partie supérieure du village et le lendemain, elle fut surprise par la tombée de 20 cm de neige fraîche. Le 24 mars, suite à une marche de cinq heures, l’expédition arriva au couvent de Thangboche. A ce moment, l’équipe ne comptait plus que 150 porteurs. Trouver des remplaçants devenait alors assez urgent. Les étapes avaient jusqu’ici été franchies sans problème, jusqu’au moment où Luchsinger contracta une appendicite aiguë.

 

À Thangboche, le Lama, abbé du monastère, mit une chambre à la disposition du malade, chambre malheureusement dépourvue de chauffage. La maladie évoluant dangereusement, une opération d’urgence ne pouvait pas être exclue. Finalement, Eduard Leuthold, jeune médecin de l’expédition, fit ses preuves en sauvant la situation par la prescription d’un traitement médicamenteux. Par la suite, Wolfgang Diehl attrapa à son tour une pneumonie à la suite d’une escalade d’entraînement. La maladie fut guérie grâce à un traitement intensif à l’oxygène. Basang Dawa Lama, le Sirdar de l’expédition, tomba malade lui aussi. A cause des fortes poussées de fièvre, le Lama dut être ramené à Namche Bazar en compagnie de Leuthold. Fort heureusement, le patient reprit des forces par la suite. Dawag Tenzing, le beau-père de Pasang, assura la succession de façon idéale.

 

Pendant la période d’acclimatations, le groupe se contenta de la conquête de quelques modestes massifs et de sommets inconnus dans la rangée des 5000 m. Le 7 avril, on se retira dans le campement de base (5370 m). De cet emplacement, les chutes glaciaires du Khumbu, de grande renommée, étaient facilement accessibles. De la cuvette glaciaire jusqu’au campement I (5800 m), aucune difficulté ne se présenta. L’itinéraire à destination du campement II fut bien plus difficile (6110 m) avec l’entrée dans le bassin ouest, la région de la faille glaciaire la plus sauvage. La grande fente transversale était cette fois-ci d’une largeur minimale de quatre mètres. Elle fut surmontée à l’aide de deux échelles combinées en métal léger. Pour des raisons de sécurité, l’utilisation d’explosifs s’avéra nécessaire tout au long du parcours. Le campement III (6400 m) consolidé fit dès lors office de campement de base avancé.

 

Le 1er mai, on installa le campement IV (6800 m) sur la terrasse inférieure du versant Lhotse. Luchsinger s’était entre-temps remis de son appendicite et se trouvait à nouveau parmi les participants. Le 6 mai, le campement V (7400 m) fut bâti sur une des terrasses inférieures du «Bandeau jaune». On construisit un accès sous forme de rampe transversale en corde. Pourvue d’un ascenseur manuel inférieur, elle menait à la station tout en partant du «Bandeau jaune» sur le flanc du Lhotse. La station supérieure se trouvait près du campement VIa sous „l’épaule genevoise“. Alors que l’ascenseur était en marche, les conditions météorologiques se dégradèrent et la neige se mit à tomber. Luchsinger et Schmied, présents au campement VIa, décidèrent d’entamer la descente en direction du campement V. Cependant, les tempêtes de neige persévérantes obligèrent le groupe à quitter par moments les campements V et IV. Le 14 mai, bien que marqué par des éclaircies, restait très venteux. Les tracés qui menaient au campement VIa et même jusqu’à «l’épaule genevoise» (8020 m) furent constamment balayés. Il fut donc nécessaire de reconstruire en permanence. Le 17 mai au soir, Reiss et Luchsinger occupaient le campement VIa, Reist et Gunten se trouvaient au campement V, Eggler et Schmied au campement IV, alors que le campement III était occupé par le reste des membres de l’expédition.

 

Aventure au sommet du Lhotse

Le 18 mai, après avoir passé une nuit glaciale (à moins 25 degrés Celsius dans le campement V), Ernst Reiss et Fritz Luchsinger passèrent à l’attaque du Lhotse (8501 m) en entamant la traversée du couloir. Aux environs de midi, ils arrivèrent à l’endroit crucial qu’ils surmontèrent à l’aide de crochets de montagne. Six heures après le départ du campement VIa, les deux alpinistes profitaient du soleil que leur offrait le sommet sauvage du Lhotse. Ils restèrent trois quarts d’heure sur la partie tranchante du sommet, espace très restreint où la photographie du sommet demandait une grande prudence. La vue sur les crêtes déchiquetées du Lhotse jusqu’à celles de l’Everest était d’une nature grandiose et sauvage. Alors que les réserves d’oxygène avaient été épuisées et que le vent, de plus en plus puissant rendait les mains et les pieds encore plus insensibles, la descente devenait imminente. Les deux alpinistes longèrent le névé avec une extrême prudence et appliquèrent scrupuleusement les mesures sécuritaires. La grande transversale les ramena au campement VIa. Aux environs de 18h15, ils se retrouvèrent épuisés, mais heureux devant leur tente abandonnée et, entre-temps, recouverte par la neige. Après 12 heures d’efforts constants et de coups de pelle, ils purent enfin entrer dans leur tente et retrouver leurs sacs de couchage. Le lendemain, ils entamèrent la descente en direction du campement III. Grâce aux escales effectuées aux campements V et IV, ils reprirent très rapidement des forces.

 

L’ascension du Lhotse représente la première conquête alpiniste suisse d’un sommet de la rangée des 8000 m.

 

Ascension de l’Everest

Le 21 mai, l’équipe transféra le camp VIa sur la croupe sud (7986 m) en passant par «l’épaule genevoise» (8020 m). L’emplacement du nouveau camp VIb se trouvait alors à une centaine de mètres du camp des Britanniques, lors de leur l’expédition menée en 1953. Les alpinistes firent de nombreuses trouvailles: des boîtes de conserve encore utilisables ainsi que des réserves d’oxygène. La première cordée, composée d’Ernst Schmied, de Jürg Marmet et de quatre sherpas, se mit en marche le 22 mai, pendant l’après-midi, après une légère tombée de neige matinale.

 

La montée avait nécessité un apport d’oxygène. Après deux heures de randonnée, ils atteignirent une altitude de 8250 m, emplacement du camp le plus élevé de Raymond Lambert et Sherpa Tenzing en mai 1952. Une cuvette située en bordure de la crête ouest, à une altitude de 8400 mètres, ferait office de terrain de camping idéal. Les quatre sherpas furent renvoyés au camp VIb, alors que Schmied et Marmet montèrent une petite tente double qui constituait le camp VII. Comme le vent était très violent, la tente fut stabilisée par des crochets de montagne supplémentaires et retenue au sol par des pierres. Les deux alpinistes étaient très bien équipés et disposaient de matelas gonflables, de sacs de couchage en duvet avec doublure, bivouac commun en nylon, cuisinière, provisions de montagne nécessaires et cinq réservoirs d’oxygène. Pendant la nuit, la neige avait enfoncé la tente à un tel point qu’ils se virent obligés de la dégager pour éviter l’étouffement. Ils n’entamèrent la montée que vers 8h30. Les conditions climatiques encore turbulentes les empêchaient de croire au succès. Alors que le vent avait progressivement diminué, ils atteignirent le mamelon du névé sur le sommet sud, vers 12h00. Une crête parsemée de rochers calcaires branlants menait au sommet principal. Les conditions climatiques s’étaient améliorées et le ciel était d’un bleu foncé resplendissant. Au-dessous du sommet, une étape escarpée d’environ 15 mètres de hauteur attendait encore les alpinistes – un couloir étroit caché dans les rochers menait au sommet du massif. Schmied, en tête de l’escalade, suivi de Marmet, progressait tout en taillant assidûment les marches dans la roche. Le 23 mai vers 14h 00, l’homme conquit une seconde fois l’un des sommets les plus élevés de cette planète. Schmied fixa le drapeau du Népal, de la Suisse et de Berne à son piolet, alors que Marmet immortalisait la vue panoramique unique avec sa caméra. Ils se libérèrent des masques à oxygène et comme il n’y avait pas le moindre souffle de vent, ils restèrent presque une heure au sommet. Un brouillard épais était soudainement monté et appelait à une descente rapide. Ils atteignirent le camp VII aux environs de 17h00. Là, ils rencontrèrent le deuxième groupe de Dölf Reist et Hansruedi von Gunten, accompagné d’un sherpa et occupé à libérer la tente enneigée. Schmied et Marmet intégrèrent le sherpa dans leur cordée pour entamer la descente en direction de la croupe sud et arrivèrent au camp VIb autour de 19h00.

 

La deuxième équipe Reist – von Gunten effectua aussi une montée réussie. Alors que la nuit avait à nouveau été d’un froid glacial, la journée du lendemain 24 mai fut la plus splendide depuis des semaines – sans le moindre souffle de vent. Les alpinistes se mirent en route à 6h45 et parvinrent au sommet antérieur vers 10h00 pour faire une petite pause. Ils tombèrent sur les très bonnes traces laissées par Schmied et Marmet en passant par la crête qui menait au sommet principal. Cet itinéraire n’inspirait aucunement confiance. Ils poursuivirent le tracé de leurs prédécesseurs en s’attaquant à la montée très raide qui suivit et arrivèrent au sommet aux alentours de 11h00. Alors qu’un froid sévère régnait, il n’y avait pas le moindre souffle de vent. Le groupe se débarrassa des masques à oxygène et se reposa durant deux heures au sommet du massif. De gros nuages en provenance du sud annonçaient la survenance prochaine de la mousson. Ils entamèrent la descente en pleine forme, puis arrivèrent à la croupe sud, à plus de mille mètres en dessous, vers 15h00, en un temps record de deux heures.

 

Après avoir longuement hésité, Eggler renonça finalement à une ascension supplémentaire de l’Everest. Alors que la mousson était imminente, une descente s’avérait plus prudente et plus raisonnable à la fois. De leur côté, Luchsinger, Reiss, Müller et Leuthold tentèrent une nouvelle escalade sur la croupe sud. Le groupe entama la descente en commun en direction du camp de base où tous les membres de l’équipe arrivèrent finalement sains et saufs le 29 mai. Ce fut la fin d’une grande aventure.

 

Hormis quelques incidents d’ordre médical survenus en début de voyage, l’expédition était sous une bonne étoile. Elle avait bénéficié de conditions climatiques exceptionnelles. L’organisation minutieuse, la direction compétente du chef de groupe ainsi que l’esprit d’équipe des membres de l’expédition avaient conduit à de très bons résultats. Ce fut l’une des expéditions les plus réussies dans l’histoire de l’Himalaya. La fondation avait finalisé ce projet avec succès, après avoir fourni cinq ans d’efforts assidus.

Indications


Photographies historiques des expéditions sur l’Everest
en 1952


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